Voilà ce qui est arrivé hier. Ce bruit. Ce bruit terrifiant. Et puis un silence impressionnant. Quelque chose de pesant. De gênant. Tout le monde retenait son souffle. Plus personne ne jouait de la musique et donc plus personne ne dansait. De quoi aurions-nous eu l’air à danser sans musique ? Vraiment, il était impossible de faire semblant de rien.
– Vous avez entendu quelque chose ?
– Non. Quelque chose ?
– Oui, entendu quelque chose.
– Comme un bruit ? Non. Rien. Et vous ?
– Ah non. Je ne crois pas. Ou alors, très léger. Un bruit, à peine un bruit, un souffle.
– Oui c’est ça. Un souffle alors plutôt.
Mais non. Non, vraiment, nous ne pouvions pas faire semblant de rien. Nous avions tous entendu un bruit terrifiant. Quelque chose qui avait gratté. Ou raclé.
– Ça a gratté, non ?
– Ah, je dirais plutôt raclé.
– Ah oui ? Raclé ?
– Ou est-ce que cela n’aurait pas plutôt frotté puis raclé donnant ainsi l’impression de gratter ?
– A moins que cela ait simplement froissé. Auquel cas nul besoin de nous inquiéter.
– Oui. Vous avez raison, cela n’a que froissé finalement. Ne vous inquiétez pas, cela n’a que froissé, rien de plus. Nous ne risquons rien. Le capitaine est descendu de sa cabine, et nous a dit « Vous avez entendu ? On dirait que ça a raclé ». « Est-ce que cela n’aurait pas plutôt gratté ? » a demandé le flûtiste de l’orchestre, mais le capitaine a continué sans lui prêter la moindre attention. « Quelque chose a raclé, en effet » a-t-il dit. « Je m’en occupe, ne vous inquiétez pas. Nous prendrons les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus. Le plus important est que vous continuiez à danser ». Ce que nous fîmes. Nous dansâmes. L’âme en paix. Le capitaine nous avait dit que cela avait raclé et qu’il s’en occupait. Que tout rentrerait dans l’ordre très bientôt et que plus jamais cela ne raclerait (à moins que cela n’ait frotté, ou gratté, mais ça, on n’osait pas vraiment le dire, ça n’aurait pas plu au capitaine).
