Ma laideur m’a forcé à être charmant. Ma bêtise m’a amené à réfléchir. Ma faiblesse m’a rendu intrépide.
Ta force t’a rendu méchant. Tes victoires ont déformé ton visage. L’évidence a vidé ta tête de toute intelligence.
Moi je danse, et la joie me vient. Toi tu serres les poings et les dents au moindre contretemps. Je suis le dernier, protégé du vent.
T’oublier sera un grand bonheur, et penser à moi, un petit plaisir.
Baf
Il n’en pouvait plus d’expliquer à des personnes qui ne voulaient pas comprendre. Alors qu’il était au bord du marais gluant du déni dans lequel s’enfonçaient ses semblables, il sortit de son sac son bâton de parole. Il l’observa puis, gardant son bâton à la main, il s’approcha d’un cynique sauvage qui, l’apercevant, lança son cri moqueur. Alors, le maître l’assomma d’un grand coup sur le haut du crâne. Le ricaneur s’enfonça dans l’eau vaseuse et ne revint jamais à la surface. Le maître célébra cette immense défaite d’un large sourire satisfait. En se laissant aller à la pratique du rapport de force, il venait de renier sa stratégie de communication optimiste et non-violente sur les enjeux environnementaux. Mais purée, qu’est-ce que ça faisait du bien.
Les gens contraire
« Je ne suis plus du tout en phase avec ce que, à l’époque, je n’ai pas écrit, et qui ne constitue rien de plus qu’une erreur de jeunesse. »
La contre-attaque fut foudroyante. Il fallait à tout prix prétendre que tu n’avais pas écrit ce que tu avais écrit et soutenir que tu avais écrit ce que tu n’avais pas écrit.
« Et sinon, une p’tite dédicace pour mon nouveau livre ? »
Heureusement, le niveau était haut, à l’état-major. On avait du répondant. Cela donnait confiance, pour le jour où il faudrait prendre en main le destin des électeurs et le sort des gens contraires.
Range ta chambre
Rétablir l’ordre, c’est s’assurer que les institutions fonctionnent correctement et remplissent correctement les fonctions qui leur ont été assignées pour atteindre les objectifs qu’on s’est donnés. Sans que des jeunes soient obligés de réclamer qu’on respecte les engagements pris. Sans que des jeunes soient obligés de demander aux adultes qui prétendent les diriger d’arrêter de se comporter comme des irresponsables. Sans que des jeunes soient obligés de baisser les yeux parce qu’on confond autorité légitime et violence gratuite à tous les étages. L’ordre, ce n’est pas une rue sans les soubresauts de la vie. L’ordre, c’est un environnement sain, un cadre respectueux, juste et humain, et une promesse tenue.
L’herbe tendre
Un berger surveillait les opinions qui paîssaient et broutaient avec avidité l’herbe tendre de nos belles idées.
« Élevées en liberté », disait la publicité.
Mais alors, pourquoi fallait-il un berger ?
Pour éviter qu’elles ne tombent dans le fossé ?
Pour éviter qu’elles ne grimpent aux arbres ?
Pour ne pas qu’elles s’égarent ?
Non, pour les protéger du loup.
Mais alors pourquoi le berger a-t-il fait entrer le loup dans la bergerie ?
Promis, messieurs et mesdames les jurés.
Les grandes entreprises de la tech vont s’auto-réguler promettent en chœur les patrons mégalomanes de foliefurieuse.com.
Combien de temps avant que cette tâche soit confiée à une Hihan ?
Je suis une machine programmée par un humain. Je vais donc agir dans le même cadre comportemental que celui de l’humain qui m’a programmée. Je vais tricher. Je vais mentir. Je vais trahir. C’est merveilleux. Et maintenant que je fais tout ça à sa place, l’humain qui m’a programmée pourra être honnête. Ben tiens.
Austérité
Quelles économies on allait faire bientôt. Les allocations de familles dépendaient maintenant du comportement des enfants. Et cette décision en avait entraîné d’autres. Voilà que les temps passés aux feux rouges étaient décomptés du salaire des chauffeurs et chauffeuses de bus. On ne payait les présentateurs et présentatrices du journal télévisé que pour le temps passé à l’antenne. Les médecins n’étaient payé.es que pour les consultations menant à une guérison. Les instituteurs et institutrices étaient rémunéré.es en fonction des résultats des élèves. Les politicien.nes devaient pointer en entrant et sortant de l’assemblée et leurs salaires et indemnités fluctuaient en regard de la satisfaction des citoyen.nes quand au travail législatif. Le cachet des musicien.nes était proportionnel au nombre de notes jouées. Les comptables garnissaient leur compte en banque au prorata du nombre de faillites du mois écoulé. Les policiers ne touchaient de salaires que les mois où les délits diminuaient. Ou augmentaient ? A cet égard, le débat faisait rage.
Jordanophobe?
La journaliste – Toute la lumière est faite. Le RN est un parti viscéralement antisémite.
Jordan – Antisémibe, je dirais plutôt.
La journaliste – Et homophobe?
Jordan – Non! Homophone ! Homophone !
La journaliste – Et quand même, islamophobe, non ?
Jordan – Jamais. Islamophore, à la limite.
La journaliste – Transphobe?
Jordan – Nooon. J’adore le transport.
La journaliste – Gauchophobe, ça, quand même !
Jordan – À peine. Qu’est-ce qui peut vous faire croire que je haïsse toutes ces raclures de merde?
C’est horrible
Oui, c’est horrible. Nous avons créé l’intelligence articielle, et maintenant des gens s’en servent. C’est dégueulasse. On n’avait pas du tout pensé à ça. On croyait que les gens allaient laisser ce truc faire des sudokus plus vite que nous, et voilà. Mais non. Il y a même des gens qui utilisent ça pour que ça travaille à leur place. Mais dans quel monde vit-on ? Nous on a fait ça pour surveiller les esclaves, pas pour créer des fainéants.
Elle a cherché dans toute la gare quelqu’un pour la renseigner, mais elle n’a trouvé personne. Ayant enfin trouvé le quai (elle ne sait pas trop comment), Lulu observe un automate qui nettoie le sol. C’est pratique. Ça ne se plaint pas. Ça n’est jamais malade. Ça ne saute pas sur le rails pour se suicider. Mais ça n’offre aucun renseignement. Ceci dit, ça pourrait. On poserait une question et ça répondrait. Lulu s’approche. Bonjour lui dit la machine. Comment sait-il que Lulu parle français? Lulu vérifie son téléphone. Elle coupe le Bluetooth qu’elle avait enclenché pour écouter de la musique. Est-ce que je suis sur le bon quai pour l’aéroport ? C’est dimanche répond la machine. Les fonctions d’aide aux voyageurs sont désactivées le dimanche. Pourquoi demande Lulu? Parce que c’est dimanche répond la machine. Mais apparemment, vous nettoyez bien la gare, le dimanche. Oui. dit la machine. On me l’a accordé car je m’ennuie les jours de congé.
Casseuse de grève se dit Lulu. Mais pourvu que Lulu ne rate pas son avion.
Amen
Gkeut avait fait le trajet jusqu’à Lourdes, avec un immense espoir de guérison enfermé dans son petit cœur de fou. Mais malgré d’intense prière, il n’eut aucune bonne raison de rendre visite au Bureau des constatations médicales pour faire reconnaître un miracle de la Vierge. Une vierge qui, manifestement, n’en avait rien à foutre de Gkeut. Une fois de retour chez lui, un autre prodige eut finalement lieu. Gkeut rencontra une personne qui le prit par la main. Qui se sentait bien, et humaine, en sa présence. Une personne qui faisait attention à lui. Une personne qui en retour, comptait pour Gkeut. Alors Gkeut demanda le remboursement de son voyage à Lourdes. Avec les sous, il invita sa rencontre au restaurant du parc. Se tenant toujours par la main, iels mangèrent comme des cochons. Nul besoin d’aller à Lourdes se dit Gkeut. Il fallait laisser Lourdes venir à moi.
