« La résolution des problèmes est intimement liée à la manière dont l’analyse des situations et la prise de décision sont organisées. Or, c’est devenu un impensé de nos organisations politiques. Aucun système n’étant parfait, il se trompera donc, régulièrement. La reconnaissance d’un problème et l’investissement d’une communauté dans la résolution de celui-ci dépend de la place qui a été faite au groupe dans les processus d’analyse et dans les processus de décision. L’implication du collectif dans la compréhension des problèmes et dans l’organisation des solutions imaginées augmentent également les connaissances partagées au sein du groupe, lui permettant d’analyser d’autres situations avec plus de justesse. Il permet aussi de diminuer le sentiment d’impuissance de la communauté, principale cause du déni face aux enjeux de notre temps. »
J’avais terminé mon discours, comme prévu dans l’indifférence générale. Mais au lieu de retourner à ma place, j’ai remonté l’escalier qui menait à la sortie de l’hémicycle. Tout en traversant l’énorme hall du parlement, j’ai envoyé ma démission à mon chef de groupe avec mon smartphone de service. Avant de sortir, j’ai déposé ma malette sur le comptoir de l’agent de sécurité, laissant là l’ordinateur portable, le téléphone et le badge qui serviraient, sans doute dès demain, à mon remplaçant.
Dehors, les manifestants faisaient face au chevaux de frise les empêchant d’accéder à la zone protégée. Quelques mètres à peine après avoir franchi les barbelés marquant la frontière entre l’espace du pouvoir et celui de la rue, j’avais été plaqué au sol par le violent jet d’eau d’une autopompe. J’étais devenu un citoyen lambda. Allongé, étourdi par le choc et par l’eau glacée, je fus tiré par le bras par une manifestante tentant de me venir en aide. Incapable de me soulever, elle me cria de me relever. C’est bien ce qu’il me semblait que je venais de faire quelques minutes plus tôt.
