Peut-être qu’il faudrait souffler dessus, et la répandre. Parce que la bienveillance, ça marcherait comme les pissenlits en graines. Ici, on aurait bien besoin d’un Canadair. Là, il suffirait d’embrasser le vent. Ailleurs, on sèmerait à la main : déposer sur le sol et recouvrir d’un regard. Un jour sans doute, on obtient une forêt, lieu de promenade. Dans cette forêt, tous les sons amicaux racontent l’histoire de la grande récolte qui se fera sans rien arracher à qui que ce soit.
Auteur : Michel
« Zut, mon pied est gaucher ! », « Aucun des deux n’est pas d’accord ».
La poésie du foot en appartement le dimanche matin.
Je n’avais jamais vu autant de gens s’écharper à propos de la couleur d’une chemise brune.
Quelle teinte de brun, ou n’était-ce pas bleu, ou même rouge pivoine finalement ?
Pendant ce temps le tailleur de chemise brune se frottait les mains.
Puisqu’on voyait tant de couleurs dans ses chemises brunes, il y en aurait pour tous les goûts.
Le journaliste – Mais, docteur, sommes-nous en train d’assister à la révolte d’intimités meurtries choisissant le mauvais chemin pour rétablir d’une manière discutable, et peut-être temporaire, leur équilibre émotionnel ?
Le docteur – Peut-être. L’absence de prise en charge par le sujet d’une blessure intime a toujours la même conséquence pour le groupe. C’est ce groupe qui va devoir les gérer, ou pire, les supporter. C’est le cas par exemple des personnes qui font usage de la violence en rue pour se « soulager » plutôt que de se soigner. C’est aussi le cas des personnes aux comportements toxiques, ou qui méprisent les autres sans raison, ou qui roulent en SUV (rires). Ce sont des personnes qui devraient se prendre en main, mais ne le font pas.
Ici, la force du phénomène est que la blessure de personnes toxiques dominantes rencontre la blessure de personnes blessées et dominées. La proposition est « Faites du mal avec moi, vous verrez, ça fait du bien ». Et ça marche, dans le sens où beaucoup de gens y croient. Plutôt que prendre soin de ces gens (ce que les précédents n’ont pas vraiment fait non plus), on leur dit que tout est permis pourvu que ce soit pour se soulager. Et le reste du groupe doit gérer ça. En prenant des coups ? C’est une mauvaise solution. Alors, en entendant la blessure du plus grand nombre ? Encore faut-il qu’elle soit exprimée. Parce qu’on est face à des gens qui veulent imiter les dominants : ils méprisent les sentiments et valorisent la force. C’est pour cela que c’est très compliqué.
Le journaliste – Et vous docteur, que faite vous dans votre vie pour faire bouger cela.
Le docteur – Votre temps est écoulé. Ça fera 70 euros.
Maigret s’installa dans la brasserie en face de la gare. Il était de bien mauvaise humeur. Le vol, ou pire, la perte de son portefeuille en cuir le contrariait terriblement. Certes, il avait le souvenir de ces trois billets de vingt francs, qu’il avait religieusement aplati entre deux volumes du grand Larousse avant de partir. Mais surtout, c’est dans ce porte-billets que Maigret avait rangé le papier sur lequel il avait noté l’adresse et le numéro de téléphone d’un certain Albert Lepuis. Des dizaines d’années avant l’invention d’internet, comment allait-il pouvoir le retrouver ? Maigret ignorait tout de cet homme, qui lui semblait à l’inverse en savoir beaucoup sur l’affaire qui occupait le commissaire. Cette mission à Amiens commençait bien mal.
Jean-Branche est fan de Simenon. Il écrit des petites nouvelles en copiant le style de l’auteur. Bien sûr, certaines failles apparaissent dans son style. Mais qu’à cela ne tienne. Son grand-père était fasciste. Jean-Branche ira donc loin. Peut-être même jusqu’à Washington, comme un autre de ses héros, Lindbergh. Ou Blériot ? Soit. Qu’à cela ne tienne. Ou ne tiesse. Soit.
Hier, j’ai perdu mon portefeuille, lu 3 titres sur l’indigestiture, et mangé dans une étrange petite brasserie. Tout ça ne pèse pas bien lourd comparé à la perte d’un être cher. Alors j’ai vite changé de pensée pour envoyer de toutes mes forces du soutien et de l’affection. Quelle naïveté à dû se dire Maigret. Je suis rentré en serrant ma naïveté au fond de mes poches. Pour ne pas la perdre, comme le portefeuille, hier.
Je fais un métier inutile. On m’en a pourtant parlé avec des étoiles dans les yeux. Je fais un métier qui fait gagner de l’argent à pas mal de gens. On m’a pourtant souvent dit que mon métier coûte à la communauté. Je fais un métier dur. Dont on dit que ce n’est pas vraiment un travail.
Ce métier, c’est la fragilité. Il est différent de tous les autres métiers.
Hier, il y a très longtemps, Totom a grandi.
Il s’appelle Tom aujourd’hui.
Mais cela ne dure pas longtemps.
Un moment d’inattention, et voilà que Tom prend la tangente.
Il a lâché quelque chose, le temps de se gratter le nez peut-être.
Et une force irrésistible, centripète, ou centrifuge, nul ne sait, l’a envoyé dans les couleurs du monde.
Dans les couleurs du monde, Tom redevient un enfant. C’est un grand enfant, mais c’est un enfant.
Tom est dans la marge de ses propres cahiers de rêve.
Sur les pages des cahiers, Tom dessine toutes les couleurs du monde.
Dans les couleurs du monde, Tom fait d’incroyables découvertes.
Dans les couleurs du monde, le mensonge n’est qu’un jeu.
Dans les couleurs du monde, on finit toujours par dire je t’aime.
Tom sort pourtant du métro à la bonne station. Dans le monde gris qui est en dehors de sa tête, Tom connait le chemin par coeur.
Demain sera un autre rêve, de la station à la station.
Oh oui, ça vaut bien un ticket plein tarif.
Tom trouve le change.
Au fond, très au fond, dans les couleurs du monde.
Il performait. Il atteignait les objectifs et n’avait jamais de doute. Son cynisme était là pour le sauver de cette misère Woke qui consistait à remettre en question ce qui se faisait depuis des siècles avec bonheur pour qui en avait dans le slip.
Il avait juste une crainte. Que fera-t-il le jour où plus personne n’en aurait rien à foutre de ses sarcasmes ? Et surtout, que fera-t-il le jour où lui-même ne s’en trouvera plus réconforté, parce que l’heure du bilan approchera ? Le vrai bilan. Est-ce qu’on peut se mentir à soi-même jusqu’au bout, se demandait-il ? Il n’en était pas sûr.
Hubold était jeune et plein de promesses. L’ensemble du parti soutenait son accession à un poste de ministre. Mais Hubold avait un gros, un très gros point faible. Il n’avait jamais bénéficié d’une condamnation en justice. Heureusement, Hubold avait un plan. Il avait collecté plusieurs preuves contre lui. Elles étaient regroupées dans une farde, bien rangées dans un des tiroirs de son bureau. Elles étaient éclatantes. Il suffirait à Hubold d’envoyer ces preuves par courrier, de manière anonyme, à son voisin, juge et redresseur de tort. L’auto-dénonciation serait bientôt un concept et Hubold avait bien sûr déposé un brevet. Il sentait qu’il allait lancer une mode.
Il était devenu ministre en promettant de chasser les trous du fromage. Du coup ! Puisqu’il n’y avait plus de trous, on augmenta le prix au kilo du fromage. Puis on se rendit compte que le fromage n’avait plus son goût si particulier. On n’en mangea plus, parce qu’il avait maintenant le même goût que l’autre fromage, celui qui n’avait pas de trou.
