Fernand était anti-woke et fan de tennis. En conséquence, il avait vécu avec difficulté l’application d’une loi interdisant aux gauchers de tenir leur raquette de la main gauche, attitude qui était jugée contraire à l’idéal universaliste. Fernand perdait maintenant tous les dimanches lors de ses confrontations avec Blaise, très mauvais joueur, qu’il avait jusqu’ici toujours dominé. Mais voilà, il fallait, comme le réclame l’idéologie anti-minorités, valoriser le mérite. Le mérite de Blaise d’être un exécrable tennisman droitier, qui maintenant pérorait chaque week-end au bar du club house. Pourtant, Fernand sentait que quelque chose n’était pas juste. Certes, cela ne justifiait guère d’avoir enfoncé sa raquette en travers de la tronche de Blaise. Mais, précisait alors Fernand au policier qui l’interrogeait, il avait porté le coup de la main droite.
Dans sa cellule, Fernand observait maintenant le mur suintant contre lequel il allait devoir dormir. Il était frileux et craignait l’humidité. Mais c’était, manifestement, une sensibilité rare parmi les prisonniers.
