Maintenant que l’air était privatisé, on retenait sa respiration. On inhalait que ponctuellement, vu les tarifs pratiqués par les grandes sociétés de diffusion de l’air. Les riches seuls continuaient à faire du sport: le prix de l’oxygène consommé au kilomètre était exorbitant. Les pauvres évoluèrent. Leur physique changea. D’abord des branchies. Puis des membres atrophiés. Puis des poumons qui allaient jusque dans les pieds. Puis, finalement, les pauvres sont retournés dans l’eau et ont oublié jusqu’à l’existence des riches. Mais un jour, le souvenir lointain des camés du luxe leur revint. Un yacht avait coulé dans une petite baie calme et paisible que le bateau était venu déranger. Tous les pauvres, toutes les pauvres, les tentaculeux, les médusiennes, les bichromatiques, les habitant. es des coraux, les translucides, tout ce petit monde avait reconnu le goût de la destruction en machouillant la chair rendue tendre par son petit séjour dans l’eau.
Cousteau
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