Eddy

Je descendais le long du versant ouest de la carrière et puis je remontais du côté des arrivées de camions. La côte était très raide jusqu’à l’arrivée au sommet, où j’ai remporté plusieurs étapes importantes entre mes 9 et mes 12 ans. Une dizaine de Galibier, deux bonnes douzaines d’Alpes d’Huez, et une ribambelle de Monts Ventoux. Tout ça, ni pour la gloire, ni pour l’argent. Pour le simple plaisir du travail bien fait.
Je reprenais mon souffle sur le rond-point qui distribuait les rues vers plusieurs quartiers du village et vers la grande route. Là, il y avait un large bâtiment austère dans lequel je n’ai jamais osé entrer. À l’époque de mes exploits, c’était la Maison du Peuple. Maintenant, c’est une entreprise de pompes funèbres.
Le peuple a vieilli en effet et il faut bien l’enterrer définitivement après avoir d’abord tenté de tuer ses rêves et d’ensevelir son espoir. Ici, les maisons sont grises de poussière comme sont grises les mines. Mais au détour d’une ruelle, un grand rectangle blanc est dessiné sur une porte de garage. Il est surmonté d’une inscription. « Goaaal! ». Goal, oui. Je repars souriant et confiant. C’est sûr, évidemment, d’autres enfants viendrons ici et là alimenter la machine à faire tourner le monde autrement.

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