Kirk

L’assassinat d’un homme d’extrême droite, homophobe, raciste, islamophobe, suprémaciste, sexiste, négationniste, est un acte qui suscite le rejet sans ambiguïté de la part des politicien.nes démocrates de premier plan aux États-Unis, qui dénoncent l’usage de la violence, même contre une personne aussi haineuse et violente que ce Kirk. C’est une posture plus claire que celle des personnes qui sont, dans ce cas-ci, effondrées, mais relativisent d’autres assassinats, de personnes racisées, de gauche, homosexuelles, musulmanes,… préférant salir la victime que dénoncer l’acte. Et même si dans ce cas-ci, on peut souligner que la victime a elle-même considéré que les morts par balles sont le prix à payer pour conserver la liberté de port d’armes qui lui tenait tant à cœur, établissant pour certains comme un appel à son propre assassinat, on se doit de refuser ce raccourci. Et même si dans ce cas-ci, la victime a déclaré détester l’empathie, j’en ressens pour ses enfants. Et même si dans ce cas-ci, la victime avait dit vouloir lapider, oui, lapider les personnes homosexuel.les, je rejette la violence dont elle a été l’objet. Et même si dans ce cas-ci, la victime considérait que tous les musulmans était des terroristes, je ne veux pas penser que tous ses supporters sont des salauds.

Les gens qui soutiennent la non-violence n’auront peut-être pas toujours un pas de retard face aux personnes violentes. Un jour, peut-être, on ne sait pas, la violence se prendra les pieds dans le tapis.

Georges Cyril

Georges Cyril Trumpouna, sergent de la force intersidérante, monta dans sa nouvelle navette modèle “tout faux tout keuf”. En tant que représentant des forces de l’Ordre nouveau, il s’apprêtait à lutter contre l’invasion des Wokistadors, annoncée partout à la télévicon. Il avait un plan en tête : leur lâcher une rafale de fake news, puis, armé de son populo-poing, leur envoyer quelques télécrochets de la droite extrême en plein dans leur sales tronches de hippiestellaires minoritaires. L’espace était libre. Il démarra en trombe et grilla la priorité de gauche à quelques comètes. Il alluma son GPS, non, son navigateur, GPS ça le faisait toujours tomber dans les pom-pom girls. Georges Cyril allait les défoncer, ces oppressées de l’orbite. Mais voilà, son vaisseau passa trop près d’un gros trou noir, fut très emballé puis très très attiré, et explosa de joie. Georges Cyril fut transformé en étoile. Pour la première fois de sa mort, il brilla.

Coquilles

« Il faut atteindre les limites de la mer pour rencontrer la terre et sa vie différente. Et c’est en bordure de terre que l’on peut entrer dans une eau remplie d’autres existences. Entre ces deux mondes pas de frontière nette mais un flux et reflux qui mélange tout du bout des doigts. Une migration maritime et terrestre qui transforme le rivage en un énorme terrain des rêves, brisés ou réalisés. La sirène, la mouette et le promeneur sont momentanément, malgré leurs différences, dans un même espace et dans les mêmes pensées. Une frontière est un espace à habiter, une limite et en même temps une continuité. Un passage, un hall, un couloir qui ne demande qu’à être considéré comme la naissance de territoires à partager. »

de Frea la Bernard L’Hermite, dans « Sur le seuil, ma vie sans Frontex ».

Riviera

Nous allons raser ce territoire et déporter la population pour y construire un site de vacances et de loisirs pour personnes riches qui s’ennuient. Il y aura moyen de vomir des plats de partout dans le monde, de se faire masser le périnée par une IA, de danser les bras en l’air en se faisant épiler les aisselles au laser, de voter pour l’extrême droite, d’acheter des droits de douanes américains, de tirer sur des bédouins pouilleux hyper réalistes en silicone (ou pour un peu plus cher sur de vrais bédouins pouilleux), de visiter l’avion d’Epstein en frissonnant, d’exfiltrer un diplomate lybien, de remettre en cause la question du consentement et d’apprendre à parler russe en 6 leçons.

Tommy était ravi. Il avait trouvé un emploi. Il travaillait dans un casino de la nouvelle capitale des gens qui se lèvent tôt pour servir ceux et celles qui se couchent tard. Le monde résumé en une seule bande de terrain longeant une mer de plus en plus chaude. Ici, avant, il y a longtemps, on survivait. Maintenant, heureusement, la vie est belle.

Vendre son âme ? Bof, le dollar est en chute libre.

Pauvre Eflon

La lâcheté javelise le regard. Eflon pense ce qu’on lui dit de penser et fait ce qu’on lui dit de faire. Eflon se dit que tout ce qui ne va pas bien est un mensonge, et que l’important se limite à sa propre famille. Qu’il faut œuvrer à l’apparence du bonheur et ne surtout pas exposer l’humanité de ceux et celles dont le gouvernement fait le malheur. Eflon n’a jamais porté la main sur qui que ce soit. Eflon n’est horrible qu’en mots et en pensées.

Un jour, Eflon se réveillera. Son oreiller sera rouge sang et sa langue noire comme l’enfer. Il sera trop tard. Eflon tentera bien de se justifier. Mais Eflon le sent, aucune parole ne pourra l’excuser.

Pauvre Eflon. Pauvre pauvre pauvre Eflon.

Petit, tout petit Jojo

C’est un terrible cirque qui permet de masquer la réalité en lançant des débats éloignés du réel. Comme dans un impensable retournement de situation, celles et ceux qui prétendent servir la vérité sont les fossoyeurs et les fossoyeuses de la justice.

L’infamie dégouline de son être. Il a les mains qui colent et les neurones qui suintent. Alors Jojo tente de détourner l’attention. Tout est en mode complotiste. Jojo sait tout (il a choisi ses sources) et ses contradicteurs et contradictrices sont des personnes naïves, idiotes ou démoniaques, voire les 3 à la fois. La technique est rodée. Il faut tout d’abord mettre la source de l’information hors-jeu en la décrédibilisant personnellement et moralement. Ensuite il faut remettre en cause tout ce qui est gênant. Puis soulever d’autres questions que celle qui est discutée. Et enfin, si ça ne suffit pas, il faut se montrer méprisant, offensif, et sur de soi, afin d’intimider l’autre en le rabaissant. Jojo s’entraîne tous les jours à ce petit jeu. C’est devenu une passion. Les sparring partners sont nombreux et réactifs. Jojo a l’âme de plus en plus charbonneuse. Parfois, Jojo voit des traces sombres au fond de la cuvette des WC. C’est son esprit qui s’échappe. L’esprit de Jojo préfère se réfugier dans la tête des rats d’égouts que de rester dans le corps de Jojo. C’est la grande évasion.

Question

Il avait visité les tréfonds de l’univers sans trouver réponse à sa question. Le mystère restait entier. Son fils était beau, et l’indéniable charme de sa mère ne pouvait pas tout expliquer. Il avait mis, lui, son vilain grain de sel dans l’affaire. Plus tard, son propre enfant tenta de l’aider à trouver la solution. Peut-être que tu es beau de l’intérieur, papa ? Mais l’échographie de la rate réalisée quelques jours avant à la demande d’une généraliste ne semblait pas confirmer cette hypothèse. Oui, le mystère de la vie resterait entier, définitivement.

Âme

Aujourd’hui encore, il existe de nombreuses personnes en Republika Mazunka et en Mazunkanie qui nient le génocide de Vreleca. Ces personnes ont été maintenues dans le déni grâce à la propagande d’état qui détournait l’histoire ou répondait à chaque accusation par une autre accusation, et par les mensonges de quelques-uns qui, avant même l’existence des réseaux sociaux, répandaient des contrevérités reprisent en boucle par des groupes de plus en plus larges. Dans l’autre camp aussi, des mensonges couvraient des crimes, mais le déséquilibre était flagrant. Plus tard, les deux camps furent jugés et la vérité fut partiellement rétablie. Un camp, le plus coupable et donc le plus lourdement condamné, criait et crie encore au complot international contre son peuple. Cette posture maintient le dit peuple dans l’ignorance et le refus de la vérité, le figeant dans une époque révolue, un passé insurmontable. Chaque débat concerne un sujet qui lui est propre, mais chaque débat tourne avec les autres débats autour d’un seul et même soleil: la question du début originel du conflit. On cherche à convaincre que son camp n’a fait que répondre à l’agresseur, quitte à passer sous silence les outrances, les discours, les menaces, les provocations, les violences préalables.
Le déni agit comme un trou noir. Il attire, petit à petit, voire insensiblement d’abord, puis de plus en plus violemment, tous les corps qui s’approchent trop de lui. Le déni ne sauve pas de la dure et nécessaire justice. Il sauve de la honte. Mais il empêche aussi la guérison de l’âme. L’âme est une chose qui se partage avec ses enfants, sa famille, ses amis et amies sur les chemins. Certaines et d’autres pensent qu’une vie sans âme ne vaut rien, mais que vaut une vie avec une âme qui ne vaut plus rien ? Une âme qui se vend, se ment, se perd dans l’argument, une âme qui n’est jamais lavée par les larmes de celui où celle qui l’abrite mais toujours baignée par le sang qui coule dans des rêves inhumains et tragiques.

Bill

On aura beau n’en plus pouvoir, ne pas vouloir continuer, rien à faire. On nous lance une baballe et on court derrière. Moi, je suis un cocker chauve sur une plage en novembre. Ma queue bat énergiquement quand ma truffe sent les choses, et ici tout sent, je suis si heureux alors que ce vent est mauvais pour moi. Je n’en sais rien et ne veux rien en savoir. Je suis un Bill et puis quand vient mon Boule, la marée monte à mes yeux. Les voilà humides car la joie m’inonde. Je suis un cocker chauve sur une plage en novembre et rien n’est plus beau qu’une baballe lancée par mon Boule, une baballe qui roule sans fin dans le sable épicé par l’océan plein de vies.

Tempête

Il nous semblait qu’il était devenu impossible d’être comme une plume dans le vent depuis que tout était tourbillon. Il faudrait battre des ailes et voler maintenant. Il faudrait tricher, frapper, sous peine d’être ce que nous sommes, nous, pauvrettes et pauvres petites âmes.
Mais non. Là-bas, sur l’horizon, vient d’apparaître une immense tornade.
Elle est blanche, blanche, blanche de plumes dans le vent.
Ce n’est pas une catastrophe, c’est une grande nouvelle.
C’est une foule de sentiments.
C’est une armée de coeurs.
C’est une chance qui souffle comme un ouragan, un signal qui nous dit que contrairement à ce que nous croyions, l’espoir est là. Peut-être pas pour nous, peut-être pour les autres. Mais il est bien là.