Ils sont quatre dans une montgolfière. Elle est percée et perd de l’altitude. On se refuse à la réparer car il faudrait pour cela utiliser une infime partie de la cargaison de caoutchouc que leur maître attend en son château. Alors on jette du lest. Vu de haut, c’est comme une ligne en pointillés de sable sur le sol. Mais bien sûr, la montgolfière, après être légèrement remontée, descend à nouveau. On a jeté tout le lest, alors les trois plus forts sautent sur le plus petit et le font passer par dessus bord. Vu de haut, c’est comme un patin désarticulé qui s’agite. Et maintenant ? Bien sûr, ça descend encore. Deux des trois se regardent. Ce sont les plus grands. Et plus longtemps ce regard dure, plus clair cela devient que c’est le tour du troisième. Mais l’effort sera plus conséquent. Tu prends les pieds, je prends la tête. Vu d’en haut, on dirait un homme qui retombe en enfance. Et alors qu’il s’éloigne, la montgolfière ne remonte même plus. Au mieux, elle se stabilise un moment puis plonge à nouveau. C’est seulement maintenant qu’on réfléchit. Si on touche au caoutchouc, nous serons punis. Mais si on s’écrase ? Avec les deux autres, nous aurions pu faire quelque chose. C’est trop tard. Réfléchir, ça fait trop peur, et nous, on ne connaît qu’une méthode. Jeter par dessus bord. Alors les deux sautent, pour sauver le caoutchouc. Vu du haut, on ne dirait plus rien. Le caoutchouc n’a pas d’yeux ni de reconnaissance. Et il s’écrase bientôt, lui aussi, avec la montgolfière. Il s’écrase dans un lac et est englouti. Vu d’ici on dirait bien un énorme gâchis.
Le lest
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