Méli – C’est l’air du temps qui fait de nous les personnes de notre époque.
Mélo – Non, c’est nous qui faisons l’air du temps.
Le débat faisait rage. Choisissons notre camp, disant l’une, non, choisissons notre vérité disait l’autre. Choisir un camp ? Celui des mots qui découvrent des horreurs ou celui de ces mêmes mots qui couvrent des tragédies.
Un mot n’a pas de contour net. Le mot génocide, par exemple, n’est pas une propriété privée définie par une clôture. C’est soit un terrain vague dans lequel se cache de terribles desseins, soit une interminable toile sur laquelle on peint avec précision, et à coups de larmes et de sang, les destins déchirés qui colorent l’œuvre.
Choisir ses mots. Avec précaution.
Il y a un génocide en cours.
Une tentative de réduire le plus possible la taille d’une population en particulier. De tuer l’espoir d’un retour à la normale. D’éradiquer une identité.
On a le choix, on a de moins en moins le choix, on ne l’aura plus longtemps. Le choix des mots.
