2022/Mc

Mc Kinsey, premier ministre, Mc Donald’s, ministre de l’agriculture, Mc Afee, ministre de la défense, Mc Adam, ministre des infrastructures, Mc Intosh, ministre de la cyber-sécurité, Mc Solaar, ministre de la culture, Mc Laren, ministre des transports, …

Mc Quereau, Président.

2036/Boba

« Le parti c’était super. On pouvait tout contrôler. Mais ça ne marchait plus très bien pour les partis dans l’opinion. Alors on a fait des mouvements. Mais bon les gens ont bien vu que ça ne changeait rien. Alors on a inventé les courants. Bon ça, ça n’a même pas duré 2 ans. Du coup on les a transformé en courants d’air. En soupirs aussi. Mais là, on ne sait plus quoi inventer. Il faut changer pourtant, les gens ne vont pas voter pour des courants d’air. »

A ce moment ils se sont regardés. Puis après un moment de suspens, ils ont éclaté de rire. Bien sûr les gens voteraient pour des courants d’air. Bien sûr.

1870/Charles

« Parce qu’il y a aussi la question des fourmis. Ces animaux qui sont partout sur la planète et dont on oublie souvent de dire que dans la bande, il y en a quand même une bonne partie qui ne foutent rien. Strictement rien, pas même semblant de faire quelque chose, comme c’est le cas de beaucoup d’entre nous. Et personnes ne pensent à leur faire le moindre reproche. La fourmi vit sereinement ce déséquilibre flagrant dans le temps de travail, quel que soit son statut professionnel. Pourquoi ? Parce qu’elle est petite et écrasable ? Parce qu’elle n’a pas le temps d’y penser ? Parce qu’elle est trop bonnasse ? Attention. Collectivement, les fourmis sont brillantes et intelligentes. Efficace. Alors ne la ramenons pas trop, avec nos réflexes de domination et nos complexes de supériorité. La fourmi n’a ni la droite la plus bête du monde, ni la gauche moins à gauche du monde. Contrairement à nous. Alors c’est bon, là. La fourmi a bien des choses à nous apprendre. »

Extraits d’une lettre de Darwin à un ami Sioux.

Avec Darwin, la sélection est partout. La sélection est partout. La sélection naturelle. La sélection des infos.

2035/Mahgie

Observations du poste de garde avancé. Château des Mérites.

Note de la gardienne
« Comment se fait-il que les embouteillages grossissent alors que la file à la soupe populaire grandit également ? Ne devrait-il y avoir, selon les théories économiques à la mode du temps du temps de ma jeunesse, un effet de vases communicants ? »

La contre offensive néo-néolibérale avait finalement échoué. Le poste avancé fut transformé en jardin suspendu.

2025/Frédéricque

On dirait que la plupart des gens ne fonctionnent que de manière binaire. Que tout dans leur vie est binaire. Moi je suis diluée. J’ai l’esprit dilué et mes frontières sont floues et changeantes. Je n’ai aucune consistance. On m’avait prévenue. Que je n’arriverais à rien dans la vie. Que j’étais comme une dune sous le vent. C’est vrai. Le vent sait ce qui est bon, il souffle et quand il aura fini de souffler ici, il ira souffler ailleurs. Moi je ne fais que changer de forme.

Parfois, des centaines de grains de sable me quittent pour une autre dune. Je suis alors plus petite. D’autres grains de sable me rejoignent, venant d’on ne sait où. J’ai pris du ventre, du coup. Je suis différente.

Et hier, quelqu’un a fait la sieste au creux de moi. Malgré le vent, j’en garde encore l’empreinte, l’empreinte, la mémoire, la sensation. Une partie de cette vie est maintenant en moi. Voyez comme je suis changeante. Instable.

La marche en avant est une chute perpétuellement rattrapée.

2043/Toto

Hier, une tornade s’est disputée avec un incendie, qui selon elle lui aurait volé la vedette. Nous, on s’est réjoui. Deux catastrophe en une journée nous permettait d’espérer une journée sans grandes émotions le lendemain. C’est une question de statistique il parait. On aura bien quelques noyé.es, mais ça c’est la routine. N’empêche. Je suis nerveux. Le grand type qui loge sur le même toit que moi louche méchamment sur la bouée canard.

Pour tout foutre en l’air, nous avions tout notre temps. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, sur la fin, on a méchamment accéléré la cadence. Et nous voilà sur les toits de nos maisons, des maisons que nous avions fait bien isoler, juste avant les temps derniers. Trop tard. On nous l’avait bien dit.

2031/Isabel

Nous avions accueilli tant de gens que notre maison avait grandi. Elle révélait des espaces jusqu’ici insoupçonnés. Notre maison avait donc pris de la valeur. Et il nous semblait qu’on pouvait en dire autant de notre cœur.

2030/Yumi

Yumi était bigleux. Depuis sa plus tendre enfance, il portait des lunettes à quadruple foyers. Tous ses camarades de classe s’étaient moqué de lui, des moqueries au long cours auquel seules les vacances mettaient un terme. Yumi adorait les vacances, seul oasis de tranquillité pour son petit système nerveux encore jeune et frêle. Mais avec le temps, Yumi s’était endurci et il finit par devenir militaire. Il s’engagea d’abord dans l’infanterie, puis dans la marine, pour trouver finalement son bonheur dans l’aviation. Depuis, Yumi détestait les vacances tant il adorait son travail. Il volait, volait, volait et bombardait, bombardait, bombardait. Un fameux jour, comme tous les jours de sa vie, il avait décollé dans l’allégresse. Il avait frôlé les nuages en tenant à l’oeil les points verts, bleus et rouges signalant ses objectifs sur le radar de l’appareil. Malheureusement, ce matin là, pour la première fois de sa vie, Yumi s’était trompé de lunettes. Il avait dans l’urgence emporté celle de Dimitri, le sergent-chef. Yumi était myope et Dimitri était astigmate. Yumi s’était trompé de lunettes et donc se trompa de cible. Il ne bombarda ni une cible militaire, ni une cible civile. Point d’aéroport, pas de maternité. Il bombarda malencontreusement le patriarcat. Mais ignorant son erreur, jamais Yumi ne comprit pourquoi à l’atterrissage, la piste avait été couverte de fleurs. Et par qui ? Et pourquoi plus personne, jamais, n’avait répondu à ses appels. Où était passé l’état-major ?

2025/Richie

Nous, occidentaux, civilisation en péril, allons nous payer le luxe d’une guerre nucléaire. Pour accélérer le rythme du déclin ? Non, pour entraîner les autres dans notre chute. Pourtant, de vastes zones du globe, longtemps méprisées, resteront à l’écart de la dispute entre mâles vieillissants. Elles seront les prochains eldorados, terres préservées, pacifiques et accueillantes. Nous autres, radioactif.ves, serons tenu.es à l’écart. Maintenu.es dans la zone d’exclusion.

Richie a 16 ans. Il habite à côté d’une caserne, un centre de formation pour militaires en partance pour la guerre. Il sait bien qu’une bombe va bientôt tomber là, à côté de son monde, qui sera soufflé comme la poussière dans le grenier de sa grand-mère. Richie a 16 ans et son espérance de vie vient de tomber bien bas. Cette espérance de vie qui faisait la fierté de son papa, la voilà qui fond comme un iceberg du pôle Nord. Le réchauffement climatique, tout le monde s’en fiche depuis ce matin. Ici même c’est brûlant, et c’est tout ce qui compte. Richie voudrait bien s’enfuir, aller chez les pauvres, ceux chez qui on n’a rien à viser. Bienheureux, bienheureuses, ceux et celles chez qui on n’a rien à viser.

« Débarrassons-nous de nos cibles, n’ayons l’air de rien », se dit Richie. Alors il se décide. Il part sur la route qui va vers le sud en laissant tout derrière lui. C’est tout son corps qui est en mouvement. Son coeur aussi. Surtout son coeur. Et Richie sifflote plus fort à chaque pas.

2041/Tom

D’après nos calculs, tous nos calculs sont faux. Les bons comme les mauvais. Plus rien n’est sûr ni connu et plus rien n’est impensable ou impossible. Nous flottons en pleine incertitude. Notre ordinateur de bord continue de calculer et de vomir des résultats dont nous ne savons plus quoi penser. Dont, une heure plus tard, nous ne voulons plus rien penser.

Comme ici il n’y a pas de vent, seule l’inertie nous entraîne encore. Un jour nous serons à l’arrêt alors que tout notre environnement sera encore en mouvement. Notre monde se retournera alors comme une chaussette dont nous serions le point le plus avancé. Un autre jour, une galaxie géante enfilera la chaussette et nous reprendrons notre marche. Nous serons le caillou dans sa chaussure. Nous serons toujours quelque chose parce que même en ayant disparu, nous aurons influé sur le cours des mondes.

Tom déposa son stylo et sortit de la capsule. Il voyait l’arrière de la lune. Cette nuit pour la première fois depuis longtemps, Tom dormirait comme un ange (comme disait sa maman).