Billie

Ils foncent, ici, on traine.
Ils défoncent, ici, on étreint.
Ils enfoncent, et ici on s’entraide.

Parfois nous sommes différents.
Et ce n’est pas nécessairement à notre désavantage.

Billie n’avait pas brillé dans le cadre de la ruée vers l’or. Elle s’était déjà arrêtée le troisième soir et avait construit une cabane qu’elle avait joliment aménagée. Conséquemment, elle n’avait jamais trouvé d’or, dont les rivières du New Jersey sont dépourvues.

Mais Billie était toujours vivante le jour de la mort de Will F. Jefferson. Will avait reçu une balle entre les deux yeux au petit matin. La pépite qu’il avait trouvé glissa de sa main et retourna dans la rivière. La petite concession venait de changer de propriétaire. Elle avait coûté au nouveau maître des lieux une balle de révolver en tungstène. Ces balles sont très coûteuses. Il allait falloir rentabiliser l’investissement.

Billie n’a pas entendu le coup de feu, elle qui habite à des milliers de kilomètres de là. Elle paresse au lit. Elle sait que le monde n’appartient à personne. Quelle que soit l’heure du réveil.

Dissoudre la colère

Dans un grand verre de mensonges.

Faire avaler le discours d’un trait.

Titi est encore jeune

Il est déjà président

Il a trouvé une recette

Dans le livre de ses grands-parents

Le journaliste –  Professeur, vous êtes célèbre pour vos écrits questionnant la démocratie. Dans votre dernier livre, « Au nom du parti pris », vous analysez le vocabulaire des listes électorales. Et en particulier le nom des partis.
Le Professeur – Oui.
Le journaliste – Pouvez-vous nous en dire plus ?
Le Professeur – En imaginant créer un parti politique, je me suis questionné un moment sur le nom de ce parti. Parce que ce nom serait le témoin des considérations qui avait mené à sa création. Je me dis,  un nom bien choisi, un nom qui reflète l’ADN du parti, c’est comme une boussole. Comme un rappel à l’ordre même. Pour éviter de se perdre en cours de route. Et peut-être pour savoir par quoi commencer.
J’ai souvent constaté que dans l’offre politique, je n’étais pas représenté. Dans une démocratie représentative, c’était embêtant. Je ne me retrouvais pleinement dans aucun parti. J’avais fini par considéré que c’était normal. Je n’étais pas représentable. Je voyais bien que je n’étais pas le seul, mais je me disais que nous étions des exceptions, des marginaux. Or, dans nos démocraties, les minorités n’ont rien à dire. C’est comme ça. La participation passait par un autre chemin que celui des urnes, urnes qui finalement me concernait peu.
Recemment, j’ai changé d’avis. Il m’a semblé qu’avec le temps, le nombre de personne non représentées grandissait. Des personnes qui vivent des vies qui ne rentrent pas dans le cadre extrêmement étriqué élaboré par les représentant.es. Soit par nécessité, soit par désir, ou même à la demande ou à l’initiative de l’état, ou encore par hasard. Ces personnes, de plus en plus nombreuses, ont des profils très différents. De la mère de famille solo à l’artiste en passant par le saisonnier, la travailleuse à temps partiel, ces personnes partagent un point commun. Ce point commun n’est pas qu’elles ne sont pas représentables mais plutôt qu’elles sont oubliées. Certes, leur cas ne rentre pas dans le schéma. Mais ce sont des personnes comme les autres, qui ont les mêmes besoins, et devraient avoir les mêmes droits. Mais ce n’est pas le cas. Et ce pour des raisons en apparence objectives, mais éminemment discutables parce qu’elles sont le fruit d’une réflexion qui n’est pas valide. Ce sont des personnes dont la parcours ne répond pas aux exigences d’un système qui, à la base déjà, ne les a pas prises en compte. Ce seraient comme des personnes aux cheveux châtains qui ont moins de droits parce qu’elles ne sont pas blondes, comme l’exige le système élaboré par des personnes blondes et qui n’ont dans leur entourage aucune personne aux cheveux châtains. Ce sont tout simplement des personnes qui ont été oubliées par le système. Dont la situation, n’étant pas prise en compte, et donc n’entrant pas dans le cadre, a été considérée comme marginale alors qu’il n’y a aucune raison objective de la penser comme telle. Des personnes oubliées donc.
Venons-en à l’appellation de ce nouveau parti. J’ai l’impression que pour le moment, il y a deux types de noms de partis. Des partis dont le nom reflète une idéologie, ou une idée à défendre. C’est le cas du parti socialiste, qui défend une idéologie qui vient du socialisme et a évolué vers quelque chose qui serait une sorte de conservatisme progressivo-pragmatique. C’est aussi le cas du parti écolo qui défendrait quelque chose de l’ordre d’un centrisme re-cyclo-matérialiste. D’autres partis ont abandonné leur appellation initialement idéologique. Ils ont choisi un nom censé refléter une attitude, voir même un objectif très général. Les Réformateurs veulent réformer. Et ils le font pour que les choses aillent dans une zone allant de la droite à l’extrême droite, une forme d’obssession entrepreneurialo-bourgeoiso-rétrograde, plus récemment techno-trumpisée. Les Engagés veulent s’engager. Et ils le font dans une direction centriste dont la tessiture est si large qu’elle laisse peu de place aux abords, une sorte de vision moquetto-bonsensuelle de comptoir de la société. Idéologue ou attitude, sont, dans ma communauté, les urgences des partis. Mais là dedans, où sont les gens ? Et aussi, où sont les valeurs ? On voit que les appelations n’empêchent pas les partis d’aller un peu où bon leur semble (dans une certaine mais large mesure). Pourquoi pas en revenir à une appellation qui ferait référence aux personnes que le parti veut défendre ? Le parti socialiste serait rebaptisé parti des parvenus à durée indéterminée qui ne veulent pas tout perdre, le parti écolo s’appellerait le parti des personnes confortables à temps plein mais angoissées sauf quand iels font du vélo, le parti réformateur serait le parti des gens qui travaillent mais surtout gagnent du pogne et ne sont pas racistes mais, et les engagés seraient un mouvement destiné à défendre les intérêts des personnes qui restent chez elles le soir, après le boulot, et regardent les nouvelles en soupirant (peut-être d’aise). Le fait d’identifier le public cible de ces partis permet d’identifier celles et ceux qui ne correspondent à aucun des groupes cités. Pour ces personnes, il faudrait alors encore créer un parti. Le parti des oubliés. De toutes ces personnes qui ne correspondent à aucun des groupes précités, on pourrait faire une masse qui partage quelque chose. Des personnes qui  partagent le fait que leur mode de vie, choisi ou imposé, n’est pas pris en compte, pour des raisons qui semblent légitime aux défenseurs du système, mais qui en réalité ne le sont pas.
Le journaliste – Mais Les oubliés, n’est-ce pas un peu populiste comme nom de parti ?
Le Professeur – Non, c’est nécessaire. Nous vivons à une époque où ce qui est nécessaire est déclaré populiste, et inversément.

Encore une fois, vous pratiquez à grande allure le pourrissement du langage et des âmes. C’est votre passion à vous.

Mais malgré vous, nous allons nous relever. Nous l’avons toujours fait, malgré vous. Evidemment, l’humanité va gagner sur l’inhumanité. Vos calculs, politiques, budgétaires, vos manipulations, vous allez vous étouffer avec. Nous, nous serons heureuses et heureux jusque dans le malheur parce que vous ne pourrez pas nous voler l’espoir de pouvoir aimer un jour de plus, ou au moins, d’aimer jusqu’au bout. Ce n’est pas votre technologie qui nous aidera, ce ne seront pas vos bitcoins ni vos couvertures de magazine, mais la main dans la main, la confiance, la reconnaissance, la chance d’être aux côtés de ceux et celles qui sont à nos côtés.

On n’efface pas le sentiment qui nous relie, même avec le plus grand des mépris. On n’efface pas l’horizon, même avec les plus hauts gratte-ciel. On n’efface pas demain, jamais. Puissance est avec vous, mais Force est avec nous !

Poème anonyme

Plus jamais ça. Plus jamais.
C’est ce que crie le cœur.
Plus jamais ça.
Et ça non plus, d’ailleurs. Plus jamais.
Et pas ça non plus.

Qu’a-t-on oublié de l’horrible symphonie jouée au cœur de la douleur ?
Ou alors croit-on que les mêmes notes, placées dans un autre ordre, ne forme pas une autre musique du malheur ? Différente et pourtant déchirante.
Quel sera le chœur qui imposera le silence ? Peut-être un chœur de femmes qui se tiennent par la main et regardent ensemble le sol sous leurs pieds, qu’elles voudraient ne jamais devoir creuser.

Peut-être qu’il faudrait souffler dessus, et la répandre. Parce que la bienveillance, ça marcherait comme les pissenlits en graines. Ici, on aurait bien besoin d’un Canadair. Là, il suffirait d’embrasser le vent. Ailleurs, on sèmerait à la main : déposer sur le sol et recouvrir d’un regard. Un jour sans doute, on obtient une forêt, lieu de promenade. Dans cette forêt, tous les sons amicaux racontent l’histoire de la grande récolte qui se fera sans rien arracher à qui que ce soit.

Je n’avais jamais vu autant de gens s’écharper à propos de la couleur d’une chemise brune.
Quelle teinte de brun, ou n’était-ce pas bleu, ou même rouge pivoine finalement ?
Pendant ce temps le tailleur de chemise brune se frottait les mains.
Puisqu’on voyait tant de couleurs dans ses chemises brunes, il y en aurait pour tous les goûts.

Le journaliste – Mais, docteur, sommes-nous en train d’assister à la révolte d’intimités meurtries choisissant le mauvais chemin pour rétablir d’une manière discutable, et peut-être temporaire, leur équilibre émotionnel ?
Le docteur – Peut-être. L’absence de prise en charge par le sujet d’une blessure intime a toujours la même conséquence pour le groupe. C’est ce groupe qui va devoir les gérer, ou pire, les supporter. C’est le cas par exemple des personnes qui font usage de la violence en rue pour se « soulager » plutôt que de se soigner. C’est aussi le cas des personnes aux comportements toxiques, ou qui méprisent les autres sans raison, ou qui roulent en SUV (rires). Ce sont des personnes qui devraient se prendre en main, mais ne le font pas.
Ici, la force du phénomène est que la blessure de personnes toxiques dominantes rencontre la blessure de personnes blessées et dominées. La proposition est « Faites du mal avec moi, vous verrez, ça fait du bien ». Et ça marche, dans le sens où beaucoup de gens y croient. Plutôt que prendre soin de ces gens (ce que les précédents n’ont pas vraiment fait non plus), on leur dit que tout est permis pourvu que ce soit pour se soulager. Et le reste du groupe doit gérer ça. En prenant des coups ? C’est une mauvaise solution. Alors, en entendant la blessure du plus grand nombre ? Encore faut-il qu’elle soit exprimée. Parce qu’on est face à des gens qui veulent imiter les dominants : ils méprisent les sentiments et valorisent la force. C’est pour cela que c’est très compliqué.
Le journaliste – Et vous docteur, que faite vous dans votre vie pour faire bouger cela.
Le docteur – Votre temps est écoulé. Ça fera 70 euros.

Maigret s’installa dans la brasserie en face de la gare. Il était de bien mauvaise humeur. Le vol, ou pire, la perte de son portefeuille en cuir le contrariait terriblement. Certes, il avait le souvenir de ces trois billets de vingt francs, qu’il avait religieusement aplati entre deux volumes du grand Larousse avant de partir. Mais surtout, c’est dans ce porte-billets que Maigret avait rangé le papier sur lequel il avait noté l’adresse et le numéro de téléphone d’un certain Albert Lepuis. Des dizaines d’années avant l’invention d’internet, comment allait-il pouvoir le retrouver ? Maigret ignorait tout de cet homme, qui lui semblait à l’inverse en savoir beaucoup sur l’affaire qui occupait le commissaire. Cette mission à Amiens commençait bien mal.

Jean-Branche est fan de Simenon. Il écrit des petites nouvelles en copiant le style de l’auteur. Bien sûr, certaines failles apparaissent dans son style. Mais qu’à cela ne tienne. Son grand-père était fasciste. Jean-Branche ira donc loin. Peut-être même jusqu’à Washington, comme un autre de ses héros, Lindbergh. Ou Blériot ? Soit. Qu’à cela ne tienne. Ou ne tiesse. Soit.

Hier, j’ai perdu mon portefeuille, lu 3 titres sur l’indigestiture, et mangé dans une étrange petite brasserie. Tout ça ne pèse pas bien lourd comparé à la perte d’un être cher. Alors j’ai vite changé de pensée pour envoyer de toutes mes forces du soutien et de l’affection. Quelle naïveté à dû se dire Maigret. Je suis rentré en serrant ma naïveté au fond de mes poches. Pour ne pas la perdre, comme le portefeuille, hier.