Dégage me dit l’homme. Dès que j’essaie de parler, il répète, dégage. Dégage. Dégage. Mon fils de 9 ans assiste à la scène et reçoit lui aussi l’agressivité gratuite et injustifiée de ce jeune homme. Plus tard, en mangeant, on évoque à trois les réactions possible face à l’incident et au sentiment d’injustice qu’il provoque. Tu devrais apprendre à te battre, papa. Bof. On pourrait aller pisser sur leur voiture. Mouais. On ne fait rien de tout ça. On lâche l’affaire parce qu’on peut se le permettre, même s’il reste en moi un sentiment d’injustice et des lambeaux d’aigreur de mâle lambda qui bien que partiellement déconstruit subit quand même (et encore plus, récemment) les injonctions de la virilité toxique ambiante. Mais oui, finalement, ce n’est pas grave pour nous. L’injustice, la vraie, celle que connaît au quotidien et depuis un fameux bout de temps une part importante de la population mondiale, fissure les cœurs et les âmes. Une majorité de personnes variablement fragilisées qui subissent quotidiennement les injustices qu’il leur faut bien avaler quoi qu’il arrive, à moins de se rebeller, et ces jours-ci, ce sera au péril de leur santé et de leur sécurité. L’ambiance est morose dans le monde. Le cynisme et le mensonge l’emporte partout pour le moment. Mais ce n’est peut-être qu’un passage, peut-être même court au regard de l’histoire de l’humanité. On arrivera peut-être à créer des endroits différents. Des endroits protégés où l’on pourrait travailler à un monde meilleur. C’est sans doute la moins « probable » mais aussi la plus enthousiasmante des hypothèses.
Il tombait des flocons d’intelligence et d’optimisme. On en fit une bonne âme de neige.
