Le phare

Mon nom, je ne le connais plus. Depuis si longtemps que je ne l’entends plus, je l’ai oublié. Je ne l’entends plus dire, ce nom. Peut-être que le dernier à l’avoir prononcé me l’a volé et qu’alors, plus personne ne peut m’appeler. A moins que ce soit moi qui l’ai jeté par dessus bord. Ou perdu. Sur mon caillou, comment voulez-vous que je le retrouve ?
Parfois, les jours où je touche la terre, je vais sur les marchés, dans les halls de gares, près des cours d’écoles, j’écoute les gens appeler les gens. Comme ils jettent tous ces noms, comme ils les lancent, ils se les lancent. J’espère parfois saisir au vent mon nom, mon nom à moi, mais rien ne me vient qui me ressemble. De toute façon, qu’en ferais-je, si ce n’est m’en souvenir ?
Je rentre chez moi, je rentre sur la mer.
Je suis le gardien du phare. C’est mon nom alors, depuis le jour où j’ai mis le pied sur ce bateau, qui m’a déposé ici, et dont le marin-capitaine m’a fait un signe de la main en repartant vers le port. Et voilà pour moi. Toute l’affection d’une semaine. Sept jours pour la mer et sept nuits pour le phare, tout au phare, dont je suis le gardien. C’est mon nom depuis ce jour maudit.
Le premier jour était un dimanche que j’ai passé à préparer un fulgurant repas.
Le premier jour était un jour maudit, ou pour la dernière fois, on a prononcé mon nom.
Le premier jour et le dernier à la fois.

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