Jeunette et Vieux Pépé

De la fenêtre de son appartement situé sur la digue, Vieux Pépé voit tous les matins Jeunette courir sur la plage vers la mer. Chaque jour, armée d’un seau et d’une petite pelle, elle construit un château qui, irrémédiablement, finit mangé par les vagues. Chaque jour, elle rentre défaite. Sur le chemin du retour, elle se retourne régulièrement pour observer les derniers bouts de remparts résister puis tomber mollement.


Vieux Pépé se demande quelle force peut bien pousser naïve Jeunette à recommencer chaque jour cette lutte inégale entre elle et l’océan.
Et chaque jour, en remettant ses sandales sur la digue avant de rentrer chez elle, et en essuyant le sable collé entre ses orteils, Jeunette regarde vieux pépé derrière sa fenêtre. Elle se demande quelle force le pousse à se lever tous les matins pour passer la journée à la fenêtre.


Un jour peut-être Jeunette sonnera-t-elle chez Vieux-Pépé. Peut-être montera-t-elle jusque chez lui. Elle constatera peut-être que la mer vue de si haut est encore plus infinie que celle vue du bas, et que les oiseaux volent parfois plus bas que le regard de Vieux Pépé. Peut-être emmènera-t-elle Vieux Pépé sur la plage et alors peut-être constatera-t-il qu’il n’y a rien de plus beau que de reconstruire tous les jours une forteresse de poésie, qui comme toutes les forteresses de poésie, sont faites pour s’écrouler.
Peut-être qu’après tout ça, tous les jours Jeunette et Vieux Pépé se feront un signe de la main.


Il y a de la place pour ces deux-là.
N’en déplaise à nos démons, il y a de la place.

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