Eric est assis dans la gare de Nouilles-les-Anges. La petite gare de la petite ville n’attend qu’un train par jour, et Éric ne compte pas le louper. Il est en avance. La salle d’attente est silencieuse et sur le quai, un moineau attend patiemment d’hypothétiques miettes. Tout à coup, une annonce. « Attention, des pickpockets opèrent actuellement dans la gare. Prêtez attention à vos affaires personnelles. Ne leur laissez aucune chance ». Par réflexe, Éric met la main à sa poche. Tout va bien. Son portefeuille et son téléphone sont toujours là. Il regarde autour de lui. Personne. Il se lève et va voir sur l’unique quai. Personne. Normal. Depuis bien longtemps, plus personne ne vient à Nouilles, donc plus personne ne part de Nouilles. Eric est venu pour sa campagne. Il a bien parlé du grand effacement, comme prévu. A la fin de sa prise de parole, une petite fille est venue le trouver. Elle seule était restée dans la salle pour l’écouter. Elle lui a chuchoter quelque chose à l’oreille, à Éric. « Monsieur, oubliez votre grand effacement. Il vaut mieux penser au grand chambardement qui arrive. »
Eric est troublé maintenant. Il cherche le pickpocket. En passant devant le miroir de la salle d’attente, il voit son reflet et s’arrête pour l’observer longuement. Bien sûr. C’est lui le pickpocket. La petite fille avait raison. Il le sent en lui.
« L’amour est toujours possible, même après une vie perdue ». Le contrôleur du train est un peu surpris, mais il sourit à Éric. Il est rare qu’un voyageur lui adresse la parole, et même s’il n’a pas compris ce qu’Eric a voulu dire, au fond, il sent que ces mots-là lui font du bien.
